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Bio-psycho-fiscalité

GUIHARD Jean-Philippe

Mis en ligne le lundi 27 novembre 2006 à 18h26, par Jean-Philippe Guihard (Date de rédaction antérieure : 29 novembre 2006).

Bio-psycho-fiscalité

Parallèlement à l’infiltration hégémonique de la pensée libérale anglo-saxonne via l’instauration d’une troisième voie affirmant une valeur théologico-consumériste à la trinité, les discours de surface des soignants s’arrogent à qui mieux mieux l’exclusivité d’une fantasmatique globalité du patient. Sous couvert d’une mystérieuse et impérieuse nécessité économico-scientifique, cette troisième voie vise à transformer la personne en client, usager qui servirait de bras de levier souterrain aux politiques afin de renverser une tendance ego-centriste et ainsi, imposer un contrôle néo libéral via l’économie.

Alors que chacun se réclame plus global que son voisin, une vaste campagne de procédures, de protocolisations, s’est mise en place afin de découper les actes professionnels, et donc la personne, via, entre autres, le PMSI [1]. Profitant de la multiplicité des différents professionnels intervenant dans les centres hospitaliers et imposant le vieux principe de la division pour un règne efficace, le PMSI permit ainsi que des professions minoritaires en quantité s’approprient cet outil comme opportunité de lutte contre l’hégémonie tout aussi quantitative des infirmiers.

Au demeurant, ce double discours du global et du découpage n’est que le reflet d’une colonisation mentale ” qui s’opère à travers la diffusion de ces vrais faux concepts […]. En effet, ce discours double qui, fondés dans la croyance, mime la science, surimposant au fantasme social du dominant, l’apparence de la raison (notamment économique et politologique), est dotée du pouvoir de faire advenir les réalités qu’il prétend décrire, selon le principe de la prophétie autoréalisante : présents dans les esprits des décideurs politiques ou économiques et leurs publics, il sert d’instrument de construction des politiques publiques et privées, en même temps que d’instrument d’évaluation de ces politiques [2] “.Ainsi, il devient clair que cette promotion, via entre autres, la fameuse charte du patient hospitalisé, de l’individualisme comme contre pouvoir, ressort, certes de la culture anglo-saxonne via sa conception du droit - les juges qui défendent l’individu, sont au-dessus de l’État imposant une conception individualiste de la liberté - en opposition au droit romain français qui est universel et égalitaire, mais aussi d’un désengagement de l’État de sa responsabilité tout aussi bien morale que juridique, à assumer ses missions et ses rôles fantasmatiques et symboliques d’organisateur de cette dialectique sujet-citoyen. Il est en effet aisé de confondre autonomie et indépendance lorsque l’on tente de gommer la culpabilité pour ne voir que la responsabilité chère à une ministre française.

Cela suffit-il d’avoir dit que l’homme est un animal bio-psycho-social, comme si c’était une nouveauté (Cf. Rousseau, Kant, Nietzsche…), pour que tout le monde veuille le soigner globalement et totalitairement, tout du moins dans les discours ? D’aucuns diront qu’il faut, en tant que professionnels, tenir une double position de la clinique et du politique afin d’exister pour cet usager et pour ceux qui sont sensés nous représenter. Il y a cinquante ans, le marché de la santé était dans les mains de deux professions : les médecins et les infirmiers. Depuis ce temps, de nombreuses professions ont émergé, souvent elles étaient déjà présentes mais non reconnues officiellement. Cette multiplication rapide, si nous voulons sortir de ce terrain miné par notre libre soumission, est source de difficultés car s’opposant à une tendance mondiale à l’homogénéisation radicale de nos différentes composantes. Il nous faut nous envisager les uns les autres comme partenaires (voleurs), mais aussi comme un reproche car les hommes ne se sauvent qu’ensemble ou pas du tout. Ce défi a pour corollaire de vouloir nier cette quête d’une vie aseptisée où la mort et la souffrance sont devenu les tabous majeurs de notre société. Si d’un point de vue commun, une telle position peut s’entendre, d’un point de vue éthique et philosophique, il en est tout autre car, la dérive mercantile de certains groupes d’assurance récemment, le PMSI et l’accréditation, sont là pour nous rappeler que les diagnostics médicaux et les moyens afférents, se voient octroyés d’un nombre croissant de paramètres financiers.

Quelle place alors reste-t-il pour ces irréductibles gaulois ?

[1] Programme de médicalisation des systèmes d’information

[2] BOURDIEU P., WACQUANT L, La nouvelle Vulgate Planétaire in le monde diplomatique, mai 2000, pp 6-7

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